Quand on souhaite lancer une plateforme web collaborative qui rend des services à une population donnée (les parents en ce qui me concerne), il faut accorder un soin particulier à l’ergonomie des fonctionnalités. Sans rentrer dans des considérations encyclopédiques (les deux premières lignes de la définition de l’ergonomie dans Wikipedia donnent la migraine), l’ergonomie d’un site web renvoie à son utilisabilité, c’est à dire à la manière dont sont présentées les interfaces d’utilisation de ses fonctionnalités. Plus simplement, c’est la façon dont ce site invite les utilisateurs à naviguer entre ses différentes fonctionnalités. Il va sans dire que c’est un point essentiel quand on souhaite développer une application internet. La meilleure façon de faire fuir des internautes est de concevoir un site incompréhensible ou très lourd en terme de navigation. Le design et la navigation, deux éléments prépondérants de l’ergonomie, sont les deux premières expériences auxquelles sont confrontés les internautes sur un site, il faut donc y apporter un soin particulier.
C’est d’autant plus vrai quand, comme c’est le cas pour Parenco, un site vise à faciliter la vie quotidienne d’une population donnée. Si les parents s’inscrivent sur Parenco, c’est pour y trouver rapidement des services qui leur feront gagner du temps (trouver une ludothèque dans leur quartier, dénicher une baby-sitter, s’informer sur les spectacles pour enfants…). Si la navigation et le design graphique sont compliqués et peu ergonomiques, aucun parent n’utilisera Parenco.
Dans ce cas, il suffit de concevoir une ergonomie « user-friendly » ou « centrée utilisateur » en version gauloise. Evidemment dit comme ça, ça semble simple : plus l’ergonomie de mon site est instinctive et fonctionnelle, plus elle séduira les utilisateurs. Et là se pose le débat que je souhaite soulever dans ce billet…Quand on travaille à l’ergonomie d’un service web, on a tendance à dire « si les utilisateurs ne comprennent pas d’emblée et sans assistance la façon dont il peuvent utiliser les fonctionnalités, c’est que l’ergonomie n’est pas bonne ». Cette sentence aux airs péremptoires est vraie dans le meilleur des mondes mais alors comment fait-on pour innover en ergonomie s’il faut éviter de surprendre l’utilisateur?
Si on réfléchit bien, beaucoup de plateformes web ont imposé leur ergonomie alors même qu’au départ, elle ne semblait pas franchement instinctive : c’est vrai pour Facebook et c’est vrai pour Twitter par exemple. Pourtant on ne peut nier le succès de ces initiatives. Il est donc possible d’être user-friendly tout en étant innovant. Mais ne nous y trompons pas : innover en ergonomie implique de casser en partie les codes classiques et donc de prendre le risque de décourager les utilisateurs, sacré casse-tête !
Ce débat est au coeur des préoccupations pour le développement de Parenco. Notre plateforme web a pour mission d’offrir aux parents la possibilité d’utiliser différents modules pour leur faciliter la vie (un agenda, un module de géolocalisation, une application pour trouver des produits d’occasion…). Chaque situation de parentalité étant différente, chaque parent doit être en mesure de sélectionner les modules qu’il souhaite utiliser et de se construire ainsi une interface utilisateur qui lui permette d’avoir accès à tous les modules qu’il ou elle aura sélectionnés. Dans cette optique, je pensais à un fonctionnement modulaire du profil utilisateur, un peu comme Igoogle ou Netvibes. Chaque membre pourrait ainsi se construire sa page et la faire évoluer au gré de ses préoccupations et de ses besoins. Personnellement, j’utilise Netvibes comme agrégateur de ma vie numérique et je trouve l’ergonomie vraiment bien pensée, voyez plutôt :
l’onglet communication me permet de gérer sans m’y connecter mon compte facebook, mon compte Twitter et mon compte gmail :
alors que l’onglet web me permet de centraliser les flux RSS de tous les blogs que je suis ainsi que différents widgets :
Une ergonomie modulaire de ce type me paraît la plus adaptée au fonctionnement de Parenco. Cependant, si j’ai trouvé Netvibes assez instinctif, rien n’indique qu’il en est de même pour tout le monde et surtout pas pour une population qui n’est pas webophile. J’ai réalisé cela en discutant avec Nicolas Marx de Parislabs, une agence web qui conçoit des réseaux sociaux et qui a entre autre lancé le site communautaire Hélia. Ils avaient aux aussi pensé au départ à un fonctionnement modulaire type Netvibes mais ils ont eu de mauvais retours utilisateurs qui leur disaient ne pas bien comprendre l’ergonomie du service. Pour remédier à cela, ils sont revenus à une logique de flux rassemblés dans une même interface et retraçant l’actualité de chaque module, à la façon de Facebook, d’abord pour la lisibilité des informations, ensuite parce que les internautes ont l’habitude du fonctionnement de Facebook, qu’ils qu’ils l’ont apprivoiser et qu’ils n’ont pas envie d’investir du temps à s’approprier un nouveau fonctionnement trop différent. Cela nous amène à poser la question suivante : En terme d’ergonomie, le leader impose-t-il le standard? Il n’est pas ici question de juger l’ergonomie de Facebook qui a bien des égards est bien pensée mais de comprendre à quel point les services web successfull créent des verrous et des barrières à l’entrée grâce à leur ergonomie. Précisons également qu’Internet est déjà une révolution en soi en terme d’usage et que la capacité de tout un chacun à intérioriser de nouveaux usages est limitée. Il faut laisser les utilisateurs se faire aux règles de fonctionnement des réseaux sociaux et des plateformes collaboratives en utilisant des règles ergonomiques qui créent des repères.
Sera-t-il possible pour Parenco de proposer à ses utilisateurs une utilisabilité différente de celle des autres réseaux sociaux sans risquer de les décourager d’utiliser le service? Si la réponse est non, il serait dommage de se mettre au diapason des autres plateformes et ainsi brider les possibilités d’innovation, mais si la réussite est à ce prix…
Qu’en dites-vous? Pensez-vous qu’une innovation ergonomique rencontre toujours le succès quand elle est bien pensée?




